ANTANANARIVO, Madagascar – « Auparavant, nous vérifions les contrats et la sécurité physique. Mais il y avait une part d’invisible : la détresse cachée derrière les portes des bureaux ou des ateliers. »
Le constat du Dr Mbelomanantsoa, Inspecteur du Travail dans la région de l'Androy, était simple mais alarmant : en entreprise, les violences basées sur le genre (VBG) étaient un angle mort. Si les machines étaient inspectées, les cœurs et l'intégrité des travailleuses, eux, restaient dans l'ombre des tabous.
Le défi : Voir au-delà des formulaires
À Madagascar, l’Inspection du Travail est le rempart contre l’injustice. Pourtant, face aux silences culturels et à la complexité des questions de genre, les inspecteurs se sentaient souvent désarmés.
« Nous confondions souvent le sexe biologique et les rôles sociaux », confesse Mme Herizo, Chef de Service de la Promotion des Droits Fondamentaux. Sans une compréhension fine de ces mécanismes, comment protéger efficacement une femme discriminée ou une jeune fille forcée de quitter l'école pour l'usine ?
Pour changer la donne, l'UNFPA, aux côtés de l’OIT et de l’UNICEF, a réuni ces « gardiens du droit » pour une formation intensive. L’objectif ? Transformer chaque inspection de routine en une opportunité de détecter les abus et d'offrir un refuge aux victimes.
Passer de la sanction à la solution
Pour Ramanantany Berto, inspecteur dans le Menabe, cette formation a tout changé : « Nous savons désormais comment accueillir une victime, briser le silence tout en garantissant une confidentialité absolue. »
L'inspecteur ne se contente plus de punir ; il conseille et apaise. En utilisant le secret professionnel comme un bouclier, il crée un espace où les travailleuses peuvent enfin parler sans craindre de perdre leur emploi. C'est ce lien de confiance qui permet de passer de la peur à la justice.
Un investissement pour l'avenir
Si le changement est en marche, le chemin reste long. Pour transformer cet essai, les inspecteurs ont désormais besoin d'outils modernes :
- Une base de données nationale pour cartographier et suivre les violences.
- Un guide de procédure unique pour agir de la même façon partout sur l'île.
- Des moyens de transport pour atteindre les entreprises les plus isolées du pays.
« L'égalité est la clé du développement », conclut Mme Rafanosoaniana. Aujourd'hui, grâce au soutien du projet “Women at the Center” financé par Takeda Pharmaceuticals, l'Inspection du Travail à Madagascar ne se contente plus de lire des registres : elle sauve des vies en veillant à ce que chaque lieu de travail soit un sanctuaire de respect et de sécurité.
