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La résilience et la force de repartir à zéro en raison du COVID-19: la “new normal” des femmes rapatriées.

Elles sont 176 femmes, de retour à Madagascar après avoir quitté le pays depuis trois ans pour travailler en tant qu’aide à domicile à l’extérieur. Elles avaient un objectif commun bien précis:  Améliorer la qualité de leur vie, celles de leur famille et de leurs enfants.  La pandémie de COVID-19 en a décidé autrement, elles ont été contraintes de rentrer au pays par peur de contracter le virus et loin des leurs. Rapatriées au pays pendant le mois de Juin, certaines d’entre elles ont reçu une prise en charge psychologique pour faire face à leur “new normal”. 
L’une d’entre elle s’est confiée à nous. A notre grand étonnement, elle a cette force de repartir de zéro au pays et de finir son projet coûte que coûte.

 

Réaliser son rêve : le prix à payer et des violences au travail à supporter

 

Partie en 2017, Eva n’avait que cette idée en tête, gagner plus d’argent que ce qu’elle pourra gagner en tant qu’aide-ménagère à Madagascar, construire une maison confortable pour elle et ses enfants. Avec une promesse d’un salaire de 700.000 Ar ou même jusqu’à 1.500.000 Ar par mois, le choix est vite fait sans aucune hésitation. Une promesse d’une vie meilleure, en échange de l’expatriation, ...c’est ce qui l’a motivé même avec une  situation irrégulière. 

 

Les réalités des conditions de travail l’ont souvent trahies une fois arrivée à destination : Des horaires de travail décalées en raison de la chaleur et des exigences des employeurs et leurs enfants, des heures de sommeil limitées à 2 à 3 heures par nuit, des salaires qu’elle ne perçoit pas régulièrement ou qu’elle ne perçoit pas du tout. C’est ainsi que débutait son séjour « J’ai décidé ainsi de prendre contact avec une autre agence de placement qui m’a trouvée un emploi plus rémunérateur et avec des employeurs plus aisés, garantie d’un salaire régulier. C’est souvent le cas des filles qui partent de Madagascar. Notre premier contrat est toujours avec une famille nombreuse, peu ou pas aisée, ne pouvant pas se permettre le salaire que l’agence locale nous avait promis. Il faut toujours chercher d’autres agences pour avoir d’autres employeurs, plus aisés avec moins d’enfants à charge. Mais malheureusement, ce n’est pas nous toutes qui ont cette chance, d’autres ont recours à la prostitution pour tenir le cap par rapport à leur objectif”, nous confie Eva.

Elle a eu cette chance d'avoir de nouveaux employeurs qui lui ont régulièrement payé son salaire, le double de ce qu’elle gagnait au début de son séjour. Avec son salaire, elle a pu construire sa maison à Madagascar. Avant son retour prématuré au pays, elle était sur le point d’aménager sa cour et son jardin.

 

Le vrai défi: Le retour au pays, la charge familiale, le revenu 

 

Vu le retour précipité à cause de la pandémie ou en raison de la situation irrégulière, Eva et ses amies doivent faire face à cette nouvelle réalité.

Comment vont-elles subvenir aux besoins de leurs familles respectives? Comment leurs familles, habituées à recevoir leur aide et à un certain train de vie, vont-elles s’adapter? Quel travail trouver pendant cette période de pandémie? Autant de questions auxquelles elles ont essayé de trouver une réponse: “Mon objectif est très clair et il n’a pas changé. Je suis juste très stressée à l’idée de devoir me ré-adapter, à tout expliquer à ma famille comme nous ne savons pas encore si nous pouvons revenir là-bas ou pas. Je vais vivre de mes économies d’abord et je vais chercher une source de revenu en attendant. J’appliquerai les conseils donnés par la psychologue auprès de laquelle j’ai pu me confier, partager mes tracas et refaire le point. Mais je pense que ça va aller, ça ira!” a déclaré Eva.

Pour beaucoup d’entre elles, le retour à Madagascar signifie revenir auprès des leurs et se soutenir pendant cette période éprouvante. Cela signifie également trouver un travail décent bien qu’elles ne sachent pas encore quoi faire exactement. Ayant fait face à des formes de violences psychologiques et financières, sans compter les violences quant à leurs conditions de travail, elles ont été aidées par la psychologue recrutée par l’UNFPA Madagascar, pour surmonter ces traumatismes et mieux faire face à ce retour et à la réadaptation. Au moment de notre entretien auprès de ces jeunes femmes en quatorzaine, avant leur retour auprès de leurs communautés respectives, toutes les 176 femmes ont été dotées de kits de dignité par UNFPA Madagascar, de quoi commencer leurs nouvelles vies. “Vous avez entendu ces cris de joie? Ça prouve que ces kits nous seront bien utiles et nous remercions toutes les entités et personnes qui sont venues nous soutenir, ce n’est pas évident pour nous!” Nous a-t-elle dit en terminant notre entretien.

 

Ces actions ont été réalisées conjointement par les Agences des Nations Unies (OIM, OIT et UNFPA) en partenariat avec le Ministère de la Population ainsi que le Royaume du Norvège.