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A peine 14 ans, mes parents m’ont obligée à me marier.

« Je m’appelle Soazy, j’ai 18 ans et j’ai deux enfants de 3ans et d’un an. J’ai été mariée par le mariage traditionnel à peine avoir vécu ma jeunesse.  C’était contre ma volonté mais j’ai été obligée d’accepter sinon ils m’auraient jeté un sort », raconte Soazy, une très jeune maman qui a déjà beaucoup vécu malgré sa jeunesse.  Elle vient d’un village très éloigné, et vit dans le chef-lieu de la Commune avec son conjoint depuis deux ans. « La plupart des jeunes filles de mon village sont toutes mariées dès leur jeune âge et c’est une pratique très courante dans notre tradition. » confie la jeune femme.

« La plupart des jeunes filles de mon village sont toutes mariées dès leur jeune âge et c’est une pratique très courante dans notre tradition. »

Six mois après son mariage, Soazy fait face à la polygamie de son mari qui décide de faire un autre mariage traditionnel avec une jeune fille de 16 ans.  Les trois vivent ensemble dans la même maison mais dans deux pièces séparées.  « Dès fois il nous oblige à pratiquer des relations sexuelles à trois, lui, moi et l’autre jeune fille. A un moment j’étais écœurée et j’ai refusé mais quand c’est le cas, il me frappait ». Par peur pour ma sécurité et pour ma vie, je continue de céder à ses plaisirs. À part les rapports sexuels auxquels je ne consentais pas, il me battait quand quelque chose ne lui convient pas dans la maison.

Depuis l’année dernière, Soazy a assisté aux séances de sensibilisation effectuée par le Centre d’Écoute et de Conseils Juridique (CECJ) dans les quartiers. Aussi quand le centre effectuait des visites à domicile, le sujet de la violence basée sur le genre est discuté mais elle ne se sentait pas encore prête à dénoncer, les sujet des droits et de la planification familiale y sont également abordés et cela l’a convaincue d’adopter une méthode contraceptive.

« Ce jour-là, j’ai cru que j’allais mourir, que mon heure a sonné:  il m’a frappée, il m’a étranglée car il a su que je pratiquais le planning familial sans sa permission. »

« Ce jour-là, j’ai cru que j’allais mourir, que mon heure a sonné:  il m’a frappée, il m’a étranglée car il a su que je pratiquais le planning familial sans sa permission.  Après avoir été battue, j’ai pu m’enfuir et je suis allé au CECJ ». Une intervenante sociale a écouté et a accompagné Soazy auprès du centre de santé pour bénéficier des soins médicaux. «Vu sa situation et son état psychologique, elle a eu un accompagnement psychosocial » confie l’intervenante du Centre. Le mari par contre s’est enfui quand il a su qu’il pourrait avoir des ennuis après que Soazy soit allée au CECJ.

Pour sa sécurité, la jeune femme a déposé une plainte contre lui. À ce jour il reste introuvable. La gendarmerie est toujours à sa recherche.

Les parents ont été convoqués au CECJ et ont été sensibilisés sur la loi interdisant les mariages des enfants et les violences basées sur le genre. « Ils m’ont demandé pardon car ils n’ont pas su que c’était un fait illégal et que mon mari allait me battre. Ils ont tellement regretté qu’ils sont maintenant des porteurs de messages de sensibilisation contre les mariages des enfants auprès de notre communauté pour qu’aucune autre fille ne subisse les mêmes choses. »

Les parents de Soazy ont vendu des chèvres pour qu’elle puisse ouvrir une gargote et élever ses enfants. « Je viens souvent au centre d’écoute quand j’ai besoin de parler car je n’ai pas de famille ni d’ami ici dans la Commune. Heureusement qu’il y a le CECJ pour nous faire connaître et jouir de nos droits. Surtout que dans notre commune, on ne jure que par les pratiques traditionnelles »

 

Bien que la loi interdise les mariages pour les mineurs, qu’ils soient traditionnels, civils ou religieux, les pratiques néfastes comme les mariages précoces sont encore très vivantes à Madagascar où près de la moitié des jeunes filles mineures en sont victimes tous les ans. Cela exacerbe également les phénomènes de grossesses précoces, de fistule obstétricale et de décès à l’accouchement de ces jeunes filles qui ne peuvent pas toutes bénéficier du suivi et de l’assistance de personnel médical qualifié. L’adoption de méthode contraceptive, dès la première activité sexuelle et après la grossesse, ainsi que l’accouchement assisté par un personnel qualifié contribuent par ailleurs à prévenir ces complications.

En support au Ministère de la Population, de la Protection Sociale et de Promotion de la Femme, UNFPA et le Royaume de la Norvège appuient les centres d’écoute et de conseil juridique dans les régions de l’Androy, d’Atsimo Andrefana, de Vatovavy Fitovinany et d’Analamanga.